Tu veux devenir développeur, mais tu ne sais pas par où commencer : faire des études, une formation courte, apprendre seul ? Avec quel langage ? Et est-ce que ça vaut encore le coup à l'heure de l'IA ? Ce guide répond à toutes ces questions, sans jargon. Il s'adresse à celles et ceux qui partent de zéro, étudiants comme adultes en reconversion.
Mon parcours, en deux mots
En 2008, à 16 ans, je dépannais les ordinateurs des voisins. En 2009, j'ai codé mon premier site, pour mon groupe de musique. En 2014, j'ai créé Eziom en micro-entreprise, pour mes premiers clients. J'ai obtenu mon diplôme d'informatique en 2018, au bout d'un contrat en alternance, mais j'ai surtout appris en construisant des projets. Depuis, j'ai été freelance, salarié dans une entreprise de services numériques, puis de nouveau freelance. Eziom, devenue une société en 2023, est aujourd'hui une agence qui conçoit des sites et des applications.
Ce guide rassemble ce que j'aurais aimé savoir au début, et ce que je réponds quand on me demande « comment on devient développeur ? ».
Développeur, c'est quoi comme métier ?
Un développeur conçoit et fait évoluer des logiciels : sites web, applications mobiles, outils internes, API qui font communiquer des services entre eux. Au quotidien, on écrit du code, mais on passe au moins autant de temps à comprendre un besoin, lire du code existant, chercher pourquoi quelque chose ne marche pas et échanger avec son équipe.
Les grandes familles :
- Front-end : ce que l'utilisateur voit et manipule (HTML, CSS, JavaScript, React, Vue…) ;
- Back-end : le serveur, les données, la sécurité (PHP, Python, Node.js, Java, bases de données…) ;
- Full-stack : un peu des deux, très courant dans les petites équipes et en freelance ;
- Mobile : les applications iOS et Android ;
- Data et IA : l'analyse de données et les modèles, qui demandent plus de mathématiques.
Pour un premier pas, le développement web est le plus accessible : il suffit d'un navigateur et d'un éditeur de texte pour voir le résultat de son code, et c'est là que les offres pour débutants sont les plus nombreuses. J'en parle plus en détail dans Être développeur, c'est quoi ?
Les idées reçues qui bloquent
« Il faut être bon en maths »
Non, pas pour le développement web ni pour la plupart des applications. Il faut de la logique : découper un problème en petites étapes. Ça s'apprend en pratiquant. Les maths deviennent importantes pour la data, l'IA, les jeux vidéo ou la 3D. Plus de détails dans Faut-il être bon en math pour devenir développeur ?
« Il faut parler anglais couramment »
Le code utilise quelques dizaines de mots anglais très simples (if, for, return…). Lire l'anglais technique devient utile avec le temps, car la meilleure documentation est souvent en anglais, mais on s'y met progressivement, et les outils de traduction aident beaucoup. Voir Faut-il parler anglais pour être développeur ?
« C'est trop tard pour moi »
Beaucoup de développeurs se sont reconvertis à 30, 40 ans ou plus. Une première carrière est même un atout : un ancien commercial comprend les clients, une ancienne infirmière connaît les logiciels de santé de l'intérieur. Ce qui compte, c'est le temps que tu peux consacrer à pratiquer chaque semaine, pas ton âge.
« Il faut être un geek solitaire »
Le développement est un travail d'équipe : on discute du besoin, on relit le code des autres, on s'entraide. Des profils très variés s'y épanouissent. Moi, je viens de la musique : j'en parle dans De musicien à développeur.
Les trois chemins pour devenir développeur
1. Les études
Après le bac, les voies classiques sont le BTS SIO (Services informatiques aux organisations, 2 ans), le BUT informatique (3 ans), la licence puis le master, ou une école d'ingénieurs. Beaucoup de ces formations existent en alternance : tu es payé, tu acquiers de l'expérience, et l'entreprise t'embauche souvent à la fin. C'est à mes yeux la meilleure porte d'entrée quand c'est possible.
2. La formation courte (reconversion)
Pour les adultes, des formations de quelques mois préparent à des titres reconnus par l'État, par exemple le titre professionnel Développeur web et web mobile (niveau bac+2) ou Concepteur développeur d'applications (niveau bac+3/4). Elles peuvent être financées par le CPF, France Travail ou un projet de transition professionnelle. Il existe aussi des « bootcamps » intensifs, payants, et l'école 42, gratuite et sans diplôme requis, qui sélectionne par une « piscine » de quelques semaines.
Avant de t'inscrire, vérifie trois choses : le titre est-il inscrit au RNCP ? Combien d'anciens élèves ont trouvé un emploi de développeur, et en combien de temps ? La formation te fait-elle construire de vrais projets ?
3. L'autodidacte
Apprendre seul, avec des ressources gratuites, c'est possible : j'ai moi-même appris l'essentiel en construisant des projets. C'est le chemin le moins cher, mais le plus exigeant : il faut tenir sur la durée sans cadre, et prouver son niveau sans diplôme. Le portfolio devient alors ta carte de visite (on y vient plus bas).
| Chemin | Durée | Coût | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Études (BTS, BUT, master…) | 2 à 5 ans | Gratuit ou payé en alternance, jusqu'à cher en école privée | Après le bac, ou en reprise d'études |
| Formation courte | Quelques mois à un an | Souvent financée (CPF, France Travail), gratuit à 42 | Adultes en reconversion |
| Autodidacte | Variable, selon ton rythme | Gratuit ou presque | Profils très autonomes, ou en complément |
Ces chemins se combinent : beaucoup commencent seuls pour vérifier que le métier leur plaît, puis suivent une formation diplômante.
Par quoi commencer : la feuille de route
Quel que soit ton chemin, l'ordre d'apprentissage est à peu près le même pour le web. L'important est de construire quelque chose à chaque étape, pas seulement de regarder des vidéos.
- HTML et CSS : la structure et l'apparence d'une page. Premier objectif : ta page de présentation, en ligne. Exemples de projets : une barre de navigation, une frise chronologique.
- JavaScript : l'interactivité. C'est l'étape où l'on apprend vraiment à programmer : variables, conditions, boucles, fonctions, évènements. Projets : une FAQ en accordéon, une todo list, une application de notes.
- Git et GitHub : sauvegarder ton code, suivre ses versions et le montrer. Indispensable dès ton premier emploi, et vitrine de ton travail.
- Un langage serveur et une base de données : PHP (qui fait tourner une grande partie du web) ou Node.js, avec SQL. Projets : un formulaire de contact, une calculatrice de prêt, un blog avec MySQL.
- Un framework : Laravel ou Symfony côté serveur, React ou Vue côté navigateur. Il permet d'aller plus vite sur des projets plus gros, mais il se comprend bien mieux quand on connaît les bases.
Pour pratiquer dans cet ordre, j'ai rassemblé une trentaine de mini-projets dans le parcours Projets pour apprendre à coder, du premier fichier HTML jusqu'à PHP et MySQL.
Côté ressources gratuites, trois références : la documentation MDN (Mozilla) pour HTML, CSS et JavaScript, freeCodeCamp pour des exercices guidés, et la documentation officielle de chaque langage ou framework. Prends l'habitude de lire la documentation : c'est ce que font les développeurs expérimentés.
Apprendre à coder à l'heure de l'IA
Les assistants d'IA écrivent du code en quelques secondes. Faut-il encore apprendre ? Oui, et peut-être plus qu'avant : l'IA produit du code qui a l'air juste, mais qui contient régulièrement des erreurs, des failles de sécurité ou des solutions trop compliquées. Pour s'en rendre compte, il faut savoir lire et comprendre le code. Les entreprises cherchent des développeurs capables de juger ce que l'IA propose.
Mes règles pour apprendre avec l'IA sans se faire remplacer par elle :
- Essaie d'abord seul, au moins vingt minutes, avant de demander. C'est en cherchant qu'on apprend.
- Demande des explications plutôt que des solutions : « pourquoi mon code ne marche pas ? », « explique-moi cette ligne », « quelle notion me manque ? ».
- Ne colle jamais un code que tu ne comprends pas. Si tu ne peux pas l'expliquer, tu ne pourras pas le corriger.
- Utilise-la comme un relecteur : écris ton code, puis demande ce qui pourrait être amélioré.
C'est la règle que j'applique aussi sur ce site : l'IA m'aide, mais c'est moi qui signe.
Le portfolio et le premier emploi
Pour un premier poste, surtout sans diplôme d'informatique, ce qui convainc un recruteur, ce sont tes projets. Mieux vaut trois projets aboutis que vingt tutoriels recopiés :
- des projets en ligne, qu'on peut tester en un clic ;
- leur code sur GitHub, propre et expliqué dans un fichier README ;
- au moins un projet qui résout un vrai problème : l'outil de réservation d'un proche, le site d'une association, un outil qui te sert au quotidien.
Pour la mise en valeur, lis Créer un portfolio en ligne qui attire les clients. Et partage tes projets dans la vitrine des lecteurs : les abonnés votent chaque mois, et le projet du mois est présenté dans la newsletter.
Pour décrocher le premier poste :
- vise l'alternance ou le stage si tu es en formation : c'est la porte d'entrée la plus fréquente ;
- cible les petites structures (agences, start-up, PME) : elles recrutent souvent des juniors motivés et te feront toucher à tout ;
- prépare l'entretien technique : explique tes projets, tes choix, ce que tu ferais autrement. Savoir dire « je ne sais pas, mais voici comment je chercherais » compte plus que tout connaître ;
- fais-toi un réseau : meetups, communautés en ligne, LinkedIn. Beaucoup de postes juniors se pourvoient par recommandation.
Salarié ou freelance ?
Pour commencer, je conseille presque toujours le salariat : on apprend beaucoup plus vite entouré de développeurs expérimentés, avec de la relecture de code et des projets variés. Je parle d'expérience : à la sortie de l'école, je me suis lancé directement en freelance à plein temps. Au bout de neuf mois à travailler seize heures par jour, j'étais épuisé. En 2019, j'ai alors signé mon premier CDI, dans une entreprise de services numériques : 2 250 € net par mois (38 500 € brut par an), jusqu'en juillet 2020. Les salaires varient beaucoup selon la ville, la technologie et l'expérience : consulte les baromètres publiés chaque année pour des chiffres à jour.
Le freelance vient plus sereinement après quelques années, quand on sait estimer un projet et trouver ses clients. C'est ce que j'ai fait ensuite, et c'est un vrai levier de liberté, avec ses contraintes. Tout est dans le guide Devenir développeur freelance : quand se lancer, quel statut, quel tarif, quels clients.
Combien de temps faut-il ?
Il n'y a pas de réponse unique, mais voici des repères d'expérience. En formation intensive à temps plein, compte généralement entre six mois et un an pour atteindre un niveau de développeur junior. En apprenant le soir et le week-end, plutôt un à deux ans. Dans tous les cas, la régularité compte plus que l'intensité : une heure par jour vaut mieux qu'une journée entière une fois par mois.
Et l'apprentissage ne s'arrête jamais : les outils changent tout le temps. La veille et la formation continue font partie du métier. C'est aussi le rôle de la newsletter du vendredi : trier pour toi les nouveautés qui comptent.
Questions fréquentes
Peut-on devenir développeur sans diplôme ?
Oui. Le développement est l'un des rares métiers où les compétences prouvées par des projets peuvent remplacer un diplôme, surtout dans les petites entreprises. Un titre professionnel reconnu facilite toutefois les premières candidatures, et certaines grandes entreprises exigent un diplôme.
Quel langage apprendre en premier ?
Pour le web : HTML et CSS, puis JavaScript. C'est le seul langage qui fonctionne directement dans le navigateur, et il sert aussi côté serveur. Le premier langage compte moins qu'on ne le croit : les notions (variables, conditions, boucles, fonctions) se retrouvent partout, et le deuxième langage s'apprend beaucoup plus vite.
Faut-il un ordinateur puissant ?
Non. Pour le développement web, n'importe quel ordinateur récent fait l'affaire, sous Windows, macOS ou Linux. Un éditeur gratuit comme Visual Studio Code et un navigateur suffisent pour commencer.
L'IA va-t-elle remplacer les développeurs ?
L'IA change le métier : elle écrit une partie du code, et les tâches les plus répétitives disparaissent. Mais il faut toujours quelqu'un pour comprendre le besoin, concevoir la solution, vérifier ce que produit l'IA et assumer le résultat. Les développeurs qui savent travailler avec l'IA ont une longueur d'avance.
Par où commencer, concrètement
Cette semaine : crée un dossier, un fichier index.html, et écris ta première page. La semaine prochaine, ajoute du CSS. Puis suis le parcours Projets pour apprendre à coder, un projet après l'autre. Tous les articles pour se lancer sont dans la rubrique Devenir développeur.
Tu veux faire le point sur ta situation de vive voix ? Je propose une heure d'accompagnement pour ta reconversion : le bon chemin, une feuille de route pour trois mois et un avis franc sur les formations que tu envisages.
Si tu te lances, abonne-toi à la newsletter : chaque vendredi, je partage une sélection de nouveautés tech, IA et entrepreneuriat, triée à la main. Et raconte-moi ton parcours depuis la page Contact : je lis tous les messages.